Vers un smartphone OpenAI sans applications pour 2028 ?

Depuis un certain temps, j'observe avec curiosité les rumeurs persistantes concernant les ambitions matérielles d'OpenAI. Jusqu'à présent, les bruits de couloir laissaient surtout présager le lancement d'une paire d'écouteurs intelligents au design unique. Mais une récente note rédigée par Ming-Chi Kuo (un analyste de l'industrie réputé fiable) vient de bouleverser cette perspective et je dois avouer que sa théorie est très intéressante. L'entreprise derrière ChatGPT préparerait son propre smartphone.
Parlons d'abord de l'envergure d'un tel projet. OpenAI ne ferait pas cavalier seul. L'entreprise s'allierait à MediaTek et Qualcomm pour développer une puce de smartphone sur mesure, tandis que Luxshare interviendrait en tant que partenaire pour la co-conception et la fabrication. S'entourer de tels mastodontes de l'électronique laisse présager une volonté claire de s'imposer sérieusement sur le marché du matériel.
La véritable motivation derrière cette démarche semble être l'indépendance. Aujourd'hui, Apple et Google contrôlent d'une main de fer le pipeline de distribution des applications et restreignent l'accès profond à leurs systèmes d'exploitation. Ces barrières limitent intrinsèquement ce qu'OpenAI peut accomplir sur nos téléphones actuels. En créant sa propre pile matérielle et logicielle, l'entreprise américaine s'affranchirait de ces chaînes, lui permettant d'intégrer son intelligence artificielle sans la moindre restriction dans toutes les fonctionnalités de l'appareil.
La fin programmée des applications
Le changement proposé est radical. Ce smartphone délaisserait complètement les applications traditionnelles au profit d'agents d'IA conçus pour accomplir nos diverses tâches. Je trouve cette vision de l'informatique ambiante particulièrement pertinente et elle n'est d'ailleurs pas l'apanage d'OpenAI. Cette philosophie fait écho aux prédictions des créateurs d'applications de "Vibe coding", ainsi qu'aux récentes déclarations du PDG de Nothing, Carl Pei, qui affirmait lors du festival SXSW que le modèle des apps finira par disparaître.
Cette architecture axée sur les agents permettrait à l'appareil de comprendre en permanence le contexte de l'utilisateur. En contrôlant le téléphone, OpenAI aurait accès à un volume de données sur nos habitudes quotidiennes infiniment supérieur à ce qu'une simple application peut actuellement récolter. Pour traiter ces informations, l'entreprise s'appuierait sur une approche hybride, combinant de petits modèles d'IA exécutés localement sur l'appareil pour les requêtes rapides et des modèles hébergés dans le cloud pour les tâches plus élaborées.
Un calendrier en deux temps
Avec ChatGPT qui s'approche à grands pas du cap du milliard d'utilisateurs hebdomadaires, lancer un produit de consommation courante semble être la suite logique pour cimenter l'emprise d'OpenAI sur le grand public. Mais la révolution matérielle ne se fera pas en un jour.
L'analyste estime que les spécifications du smartphone et la sélection des fournisseurs de composants ne seront finalisées que d'ici la fin de l'année, voire au premier trimestre 2027. La production de masse, quant à elle, ne débuterait pas avant 2028.
Cela crée un contraste intéressant avec les déclarations faites plus tôt cette année par Chris Lehane, le responsable des affaires mondiales d'OpenAI. Il assurait que sa société était en bonne voie pour annoncer son premier produit matériel au second semestre 2026. En recoupant ces informations, il me semble très probable que nous verrons d'abord arriver les fameux écouteurs dopés à l'IA prochainement, préparant doucement le terrain avant le lancement du smartphone deux ans plus tard.
L'échiquier technologique est clairement en train de se repositionner. La transition de l'intelligence artificielle du cloud vers nos poches s'annonce comme la prochaine grande bataille de la décennie.